
The Mojahedin-e-Khalq (MEK) or People’s Mojahedin Organization of Iran (PMOI)
February 25, 2025
Iranian People at a Historic Crossroad
January 4, 2026Les récentes protestations en Iran ne peuvent être considérées simplement comme une réaction ponctuelle à la hausse du dollar ou aux crises économiques quotidiennes. Ces protestations font partie d’un processus accumulé et prolongé qui démontre que la relation entre la société et l’État est entrée dans une phase structurelle de crise. Ce que l’on observe aujourd’hui dans les rues, les marchés et les espaces publics n’est pas une explosion soudaine, mais la continuation d’une chaîne qui a traversé décembre 2017, novembre 2019 et les soulèvements de 2022, érodant à chaque fois des couches de légitimité, d’autorité symbolique et de capacité de gouvernance de la République islamique. La société iranienne ne reviendra plus à son état précédent, même si chaque vague de protestations est temporairement réprimée ou contenue.
Dans ce contexte, la réaction du sommet du pouvoir revêt une importance analytique particulière. Lorsque le Guide suprême de la République islamique qualifie les manifestants non pas de « citoyens mécontents » mais de « fauteurs de troubles » et appelle explicitement à les « remettre à leur place », il ne s’agit pas simplement d’une posture rhétorique ; cela indique la transition du régime de la phase de déni et de gestion sociale vers une phase de sécurisation complète de la contestation. À ce moment, le gouvernement ferme pratiquement toutes les voies intermédiaires et envoie un message clair : la protestation n’est pas un problème à résoudre, mais une menace à éliminer. Ce langage sévère, plutôt que de refléter la confiance, indique souvent le rétrécissement de l’espace de manœuvre politique, où le régime a perdu ses outils de persuasion et de réforme et ne s’appuie plus que sur la force.
Néanmoins, la question centrale demeure : ces protestations peuvent-elles mener au renversement du régime ? La réponse réaliste est que la protestation, même si elle est étendue et courageuse, ne conduit pas nécessairement à l’effondrement d’un système politique. Quarante-cinq ans d’expérience montrent que la République islamique a à plusieurs reprises été capable de contrôler des manifestations intenses — non seulement par la répression, mais aussi en exploitant les faiblesses structurelles du côté opposé. Le régime survit moins grâce à son pouvoir intrinsèque qu’en raison de l’absence d’une alternative politique crédible et organisée. Ce point clé clarifie pourquoi le système continue de perdurer.
L’émergence récente des protestations depuis le bazar et la réaction des commerçants, notamment dans des centres économiques tels que le passage Aladdin, revêt une importance particulière. Dans l’histoire moderne de l’Iran, le bazar n’a pas été seulement un espace économique, mais un réseau social capable de perturber le cycle économique et de relier différentes classes sociales. Pourtant, le bazar est par nature conservateur et n’affrontera pleinement le régime que s’il perçoit un horizon clair « après le changement ». La même logique s’applique à la classe moyenne : instruite, urbaine et épuisée, elle constitue le moteur dormant des transformations politiques en Iran. Bien que cette classe n’initie pas de révolutions, sa participation peut modifier l’équilibre des pouvoirs. Son engagement dépend de dépasser le point où le coût du maintien du statu quo dépasse les risques du changement.
Un facteur décisif dans ce processus est de briser la peur collective. Dans la société iranienne, la peur n’est pas tant celle de la mort que celle d’être seul. Le point de basculement psychologique se produit lorsque les individus sentent que s’ils avancent, ils ne seront pas seuls. Ce point n’émerge pas d’un seul soulèvement majeur, mais de vagues répétées qui ne sont jamais complètement éteintes. Lorsque la répression devient prévisible et que l’autorité symbolique du régime se fissure, la peur perd son pouvoir absolu. Pourtant, ce moment est simultanément le plus dangereux, car si la rupture de la peur n’est pas accompagnée de prévoyance politique et de raisonnement collectif, elle peut conduire au chaos ou à l’érosion du capital social.
Les comparaisons internationales sont éclairantes. L’expérience du Venezuela et la situation de Nicolás Maduro démontrent que la pression extérieure, même à son intensité maximale, ne conduit pas nécessairement à la chute d’un régime autoritaire. Malgré une profonde crise économique, des protestations généralisées et une pression sans précédent des États-Unis, Maduro est resté au pouvoir — non pas grâce à sa légitimité, mais en raison de la cohésion du noyau sécuritaire-militaire et de l’absence d’une alternative interne efficace. Les États-Unis n’ont pas pu renverser le régime vénézuélien, mais ont réussi à le laisser affaibli, isolé et dépendant. Cela montre que s’appuyer sur la pression extérieure ou les menaces juridiques contre les dirigeants, sans formation d’une alternative politique interne, entraîne davantage un blocage prolongé et une érosion qu’un changement décisif.
Dans cette perspective, le soutien verbal de personnalités comme Donald Trump au peuple iranien, et ses avertissements au régime concernant la répression des manifestants, doivent être considérés avec prudence. Bien qu’encourageants psychologiquement pour certains segments de la société, ces propos ne garantissent pas une dissuasion réelle. L’expérience de l’Iran, de la Syrie et du Venezuela montre que les avertissements publics des dirigeants étrangers, lorsqu’ils ne sont pas accompagnés d’actions concrètes, servent davantage à des fins médiatiques qu’à la dissuasion réelle. Le fait que la République islamique procède à la répression malgré ces avertissements reflète un calcul froid : le régime estime que le coût d’un retrait interne est bien plus lourd que celui d’ignorer la pression verbale extérieure. Cela souligne encore une fois que le destin des développements politiques en Iran est déterminé en fin de compte par la dynamique interne du pouvoir, et non par des déclarations ou des tweets.
Un schéma récurrent en Iran est celui des mouvements sans leader. Cette absence de leadership n’est pas un choix romantique, mais le résultat d’une expérience historique amère. Après la révolution de 1979 et la prise de pouvoir qui a suivi, la société iranienne est devenue méfiante à l’égard de toute direction centralisée. Le résultat est des mouvements horizontaux et en réseau, résistants à l’élimination de tout leader, mais incapables de prendre des décisions majeures, de négocier ou de passer de la protestation au changement politique. Le courage est abondant dans ces mouvements, mais le courage sans plan ne génère pas de pouvoir politique durable.
Dans ces conditions, la question d’une alternative devient centrale. Une alternative crédible dans l’Iran d’aujourd’hui ne doit ni être idéologique, ni promettre une société utopique, ni se revendiquer d’une mission historique ou morale. Une société iranienne épuisée ne croit plus aux projets salvateurs. Une alternative crédible doit être minimale, transitoire et limitée dans le temps, visant à sortir le pays de l’impasse plutôt qu’à construire un paradis. Sans créer de sécurité psychologique concernant la phase « post-changement », ni le bazar, ni la classe moyenne, ni même des segments de l’appareil d’État n’accepteront le risque.
En conclusion, bien que les protestations actuelles soient sérieuses et significatives, elles n’ont pas encore atteint un stade décisif pour le renversement du régime. Le régime est plus faible que jamais, mais il continue de survivre grâce à une combinaison de répression interne, d’ignorance des pressions verbales extérieures et de l’absence d’une alternative politique. Le plus grand risque à venir n’est pas seulement la survie de la République islamique, mais la possibilité d’une transition coûteuse et non planifiée. La société iranienne est prête au changement, mais elle n’a pas encore pleinement confiance en elle. En Iran, les moments historiques commencent souvent calmement, mais sans prévoyance politique et horizon clair, ils peuvent s’accélérer avec une dynamique destructrice.
4 janvier 2026
Javad FIROZMAND



